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Kinshasa : des cadavres sans papiers condamnés pour occupation anarchique

Ph. rfi.fr
Ph. rfi.fr

« Dis-moi comment tu enterres tes morts, et je te dirais qui tu es ». Le feuilleton judiciaire opposant les citoyens cadavres enrôlés et identifiés aux cadavres sans papiers pour occupation anarchique et surpeuplement de la morgue centrale de l’hôpital de Kinshasa continue de défrayer la chronique. A peine installée, la Haute Cour des contentieux a du pain sur la planche. Elle a rendu un arrêt déguerpissant environ 425 corps présumés être ceux d’indigents de cette institution mortuaire pour une fosse commune dans la périphérie de Kinshasa (Maluku). Pas d’appel, de sursis ni de respect à l’endroit de ces  » cadavres fraudeurs «  qui occupaient illégalement les frigos de cette morgue.

Les rumeurs les plus folles courent à la suite du tollé général provoqué par la découverte macabre des cadavres inhumés sans funérailles ni moindre respect dans un charnier à Kinshasa. Curieusement, contre toute attente, c’est la puanteur dégagée par ces corps qui a alerté les populations environnantes à dénicher la cachette. L’opinion tant internationale qu’internationale est indignée. On trouve en cette opération beaucoup de zones d’ombres méritant une clarification.

Le gouvernement congolais est sur la défensive. Le patron de l’Intérieur assume. Il a tenté de calmer les esprits en convoquant le Bureau conjoint des Nations unies pour les droits de l’homme, Human Rights Watch et d’autres ONG de défense des droits de l’homme pour éclairer les lanternes, avant de souligner qu’il ne fallait pas établir un lien entre ces morts et des victimes des événements du 19 au 21 janvier dernier.  » C’est une opération de routine pour dégager la morgue de corps abandonnés en l’aérant « , a-t-il affirmé.

On connaît les trucs, les trocs, les trics et les tracs des morgues de Kinshasa ne dépassant pas pour la plupart une capacité de plus de 350 corps. A l’évidence, elles sont confrontées à d’énormes difficultés quant à la conservation des corps dans des conditions décentes. La surcharge entraîne rapidement une négligence (cadavres manipulés sans ménagement) et les défaillances matérielles y sont récurrentes.

Par un raisonnement absurde, disons que les citoyens cadavres en règle suffoquaient et ne jouissaient pas pleinement de leur droit dans les frigos mortuaires qui leur sont alloués. Fosse ou tombe commune, bière ou sac en plastique, cimetière ou charnier, un cadavre après tout, ça finit toujours dans un trou ? Que n’accepte-t-on pas pour guérir un cadavre abandonné et sans papiers ? Le fourrer sans ménagement dans un trou avec ses paires ne semble-t-il pas une meilleure option ? N’est-ce pas là une guérison ?

C’est en quelque sorte affirmer qu’en RDC, les indigents n’ont droit à aucune sépulture, à une stèle, rappelant la promesse de la résurrection, à un cierge, à de l’eau bénite, à un cercueil de fortune ni à un quelconque rituel ou office des morts pour respecter leur mémoire. C’est la dérision et l’ inversion.

Certes, les charges retenues contres ces cadavres-anarchistes sont lourdes, et qu’il y avait nécessité d’assainir ces lieux mortuaires. Mais cela explique-t-il une opération de cette envergure qui a consisté à conduire les cadavres intrus manu militari dans une fosse commune sans préavis ? Dans la conception africaine de la mort, on ne néglige rien pour apaiser le mort, lui prouver son amour et son respect en l’aidant à partir en beauté.

Des langues se délient et qualifient ladite opération d’assainissement une machination secrète de la part des autorités publiques.

A Kinshasa, le marché funéraire s’avère un casse-tête même pour le gouvernement. On devient de plus en plus calculateur et parcimonieux afin de minimiser les dépenses. Faire clouer environ 425 corps dans quatre planches en ménageant pour chacun un lopin de terre, n’est-ce pas trop dispendieux pour le gouvernement congolais?

Félix

Félix

Je suis lokolenews. «Grand’Œil, Grand’ Oreille ». Informer, c’est mon autre « Moi », car c’est la qualité qu’on peut rétribuer davantage que n’importe quelle valeur sous le soleil. Je suis un espace de dialogue interculturel vers la rencontre de la mondialisation. Un antidote de désinformation et d’acculturation qui met dans un confort informationnel en proposant une gamme variée d’informations sur la RDC. Pour trouver le chemin du cœur d’un homme, dit-on, il faut l’entretenir de ce qu’il chérit de plus. Et ce que vous chérissez de plus, c’est la vérité.

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